AU FIL DES HOMELIES

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LA PROVOCATION

2 Co 4, 8-14 ; Jn 6, 51+60-69

Samedi de la troisième semaine du temps pascal –A

(20 avril 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

P

oursuivant notre route pascale, nous laissons les disciples d'Emmaüs de dimanche dernier que nous avons accompagné, demain, c'est le dimanche du bon pasteur, c'est le dimanche de Jésus qui convoque comme un berger, ses brebis, qui les appelle chacune par leur nom, qui les rassemble, qui leur trouve un abri. Mais là aujourd'hui, c'est assez curieux, pour nous préparer à cette fête de demain, ce n'est pas convoquer, c'est provoquer. C'est l'exact mouvement inverse : d'un côté, c'est venir avec, et de l'autre côté, c'est appeler dehors ! provoquer... c'est-à-dire, presque choquer, "cela vous scandalise", dit Jésus dans l'évangile quand Il a dit qu'il donnerait sa chair, et que sa chair, c'était la vie du monde.

Donc, il y a comme une sorte de consensus qui aujourd'hui est mis à mal, il y a comme une ligne de démarcation. Il a quelque chose qui était de l'ordre du rassemblement, toutes ces foules qui avaient mangé, et aujourd'hui, c'est comme une dispersion, il y a même une allusion à Judas ce qui est assez étrange déjà, puisque Il savait déjà qu'il le livrerait. Et là, c'est de la provocation, qui peut même s'accompagner d'une certaine violence, avec la violence de disciples qui arrêtent de suivre, qui ont peut-être des paroles un peu fortes, qui voudraient en rester simplement à un partage de pain tout à fait raisonnable et tranquille.

La provocation aujourd'hui a bonne presse. Regardez par exemple tout ce qui est du côté de l'at­titude, du vêtement, des expressions. Aujourd'hui, la provocation, on a l'impression qu'elle est partout : l'homme qui loue un peu trop facilement, qui s'aban­donne un peu trop facilement à être admis un peu par tout le monde, celui-là aujourd'hui n'est plus écouté. On lui préfère les provocateurs nés, on préfère faire son opinion même pour voter, avec les guignols de l'info, où l'irrespect et la provocation sont érigés en normes. Mais ce n'est pas la provocation que fait Jé­sus. Parce que je crois que cette provocation un peu générale dans laquelle on baigne, au lieu de manifes­ter vraiment quelque chose qui pourrait faire avancer, au contraire, puisqu'elle s'est généralisée un peu par­tout, je crois qu'elle étouffe un cri qui pourrait vrai­ment surgir et faire sortir d'un nouveau consensus.

Jésus quand Il utilise la provocation, et les pa­roles qu'Il exprime sur le pain de vie, ont ce goût de la provocation, je crois que cette provocation appelle une réponse, la réponse eucharistique. C'est-à-dire que la nouvelle norme de réponse à Dieu, c'est le don de sa vie, comme un bon pain. Et aussi appelle la réponse de la confession de foi, qui suit immédiate­ment, vous l'avez entendu dans l'évangile, cette pro­vocation, cet appel à penser autrement, c'est la provo­cation qui a provoqué la confession de foi de Pierre.

Laissons-nous provoquer, d'être appelés au-dehors, pour voir comment cette parole du Christ en fait est absolument révolutionnaire, nouvelle, éton­nante, étrange, surprenante, d'un homme qui se donne, et qui se donne maintenant, dans l'eucharistie que nous allons recevoir.

 

AMEN

 

 

 
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