AU FIL DES HOMELIES

Photos

A QUI IRIONS-NOUS ?

2 Co 4,8-14 ; Jn 6, 51 + 60-69

Samedi de la troisième semaine de Pâques – C

(24 avril 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Capharnaüm : l'ancien village …

 

A

ntoine, Danièle, que l'on ait de sept à soixante-dix sept ans, plus ou moins, on espère toujours que la rencontre de Dieu rende les choses plus faciles. L'évangile que nous avons entendu il y a un instant qui se déroule dans la synagogue de Capharnaüm, est précédé par un miracle. Jésus est dans le désert, le soir arrive, il n'y a pas de magasin Carrefour à l'horizon, il faut bien trouver de la nourriture, et Jésus multiplie les pains à partir de quelques pains qu'un jeune homme avait dans son panier.

Nous aimerions nous aussi que Jésus fasse régulièrement des miracles parce que nous croyons que si Jésus faisait des miracles, nous irions mieux et que l'on croirait plus facilement en lui et que tout irait beaucoup mieux. Jésus a fait ce miracle, et après, il y a ce long discours que nous lisons depuis quelques jours, le discours du pain de vie, et là, il y a des gens qui ne croient pas et il y a des gens qui croient. Dieu, paradoxalement, quand il vient investir notre vie cela ne facilite pas toujours les affaires. Nous perdons souvent pied et nous sommes face à une situation où nous avons à nous positionner. Vous avez entendu tout à l'heure dans la première lecture cet extrait de la deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens, que nous pourrions rapprocher, Antoine, d'un épisode que tu connais. Dans l'Ancien Testament, le prophète Élie. Élie, dans le royaume du Nord, on ne peut pas dire que cela se passe bien avec le roi, il fuit, il part vers le Sud, il a peur pour sa vie, il pense qu'il va être tué et au cours de cette longue marche qui est la sienne, jusqu'au mont Horeb, il est accompagné par un ange. Fatigué, assommé de sommeil, de faim, de soif, régulièrement, il a envie de poser son sac et de ne pas repartir, et cet ange ne lui apporte que ce dont il a besoin pour se remettre en marche. Ni plus, ni moins : un peu de pain, un peu d'eau. L'ange lui tape sur l'épaule et lui dit : "Maintenant, tu te lèves et tu marches". Et il agit de même pendant plusieurs jours.

C'est vrai que notre vie, que l'on soit au début ou que l'on soit un peu plus vers la fin, notre vie, c'est cela. Notre vie est ponctuée à la fois d'une certaine dose de peur, d'angoisse, d'interrogations sur le sens de la vie, pourquoi sommes-nous venus au monde ? Nous sommes confrontés à des choses que nous ne maîtrisons pas et bien souvent, nous avons envie de déposer notre sac. Peut-être même plus, vous l'avez entendu sans l'évangile d'aujourd'hui, certains disciples disent à Jésus : ton discours, c'est trop fort, tu dis que tu es du pain et que nous devons te manger comme si c'était de la nourriture terrestre et que nous devons boire ton sang. C'est insupportable. Combien de fois le discours de l'évangile nous semble insupportable ? Combien de fois aussi avons-nous le sentiment que les réponses que nous donne l'évangile sont insupportables ? Nous serions tentés comme ces disciples qui jusque-là suivaient Jésus, de déposer notre sac, et de dire : maintenant, ça suffit ! On pensait que l'évangile, que Dieu, c'était quelqu'un qui nous permettrait de vivre plus facilement, et ce n'est pas le cas. On pouvait penser que l'évangile c'était une bonne règle morale qui nous permettrait de bien élever nos enfants et de faire en sorte qu'on vive à peu près correctement dans la société, et cela ne marche pas ! Je crois que l'attitude qui peut nous choquer mais qui en même temps est belle, c'est celle de saint Pierre. En fait, saint Pierre rend les armes. Il dit : "A qui irions-nous ?" Autrement dit, voilà la situation, je ne sais pas quoi faire et je me rends dans les bras de Dieu. Je me rends dans celui qui se rend à moi avec un peu de pain et un peu de vin.

Je crois que c'est cette attitude que le Seigneur nous invite à vivre aujourd'hui. Oh ! attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Il ne s'agit pas de se ranger dans cette fameuse foi du charbonnier qui consiste à dire : surtout, Dieu on ne peut pas le connaître, surtout ne cherchons pas à le découvrir, restons absolument incultes en la matière et nous serons récompensés, ce n'est pas cela. Il s'agit de chercher profondément le sens de notre vie et la présence de Dieu dans notre vie. Mais c'est cela aussi le mystère, et c'est l'autre face, à un moment donné, il nous faut rendre les armes. Nous devons dire qu'au moins dans cette vie qui est la nôtre, nous ne pouvons pas avoir prise sur tout, et encore moins sur Dieu.

Dans cette relation qui est la nôtre avec Dieu, à un moment donné, il faut s'en remettre dans les mains du Seigneur, et lui dire : "A qui rions-nous ?" C'est vrai, la vie est difficile, on grandit, Antoine, tu as toute la vie devant toi, tu ne sais pas de quoi sera fait demain, tu ne sais pas si tu pourras réaliser tous tes rêves, et vous qui êtes réunis ici avec nous pour prier avec François qui nous a quitté il y a un an, nous pourrions aussi comme nous sommes toujours dans le deuil, nous demander à quoi cela sert de vivre puisqu'il faut mourir ? Nous pouvons simplement reprendre simplement ensemble cette phrase de saint Pierre : "A qui irions-nous "? Ce que le Seigneur nous propose dans cette relation c'est l'eucharistie, un peu de pain, et ce n'est pas grand-chose, un peu de vin, là aussi, ce n'est pas grand-chose et surtout la Parole de Dieu parce que c'est cela que Dieu veut, c'est que nous mangions sa Parole comme nous mangeons le pain et que nous buvons le vin.

Frères et sœurs, en ce jour où nous sommes heureux d'accueillir Antoine à la table du Seigneur, nous nous tournons vers le Christ Jésus, et quels que soient les sentiments qui nous habitent, de doute ou d'action de grâces, nous faisons nôtre cette phrase de saint Pierre : "A qui irions-nous ?" Nous irons au Fils de Dieu, Jésus-Christ, lui qui se donne à nous sous la forme d'un peu de vin, sous la forme d'un peu de pain, et qui nous livre sa Parole, l'évangile qui veut dire : la Bonne Nouvelle.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public