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ENSEMENCÉS POUR LA VIE ÉTERNELLE

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 35-47

Samedi de la troisième semaine après Pâques – C

(1er mai 2004)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

N

ous voici arrivés à la fin du discours sur le Pain de Vie : "Il donna cet enseignement dans la synagogue de Capharnaüm". Le dé­faut de l'évangéliste saint Jean, c'est peut-être de dis­tiller une douce mélodie qui finit par être entendue sans qu'on y prête attention. Ce discours sur le Pain de Vie, est typique de ces refrains, ce leitmotiv : "Je suis le pain de vie, le pain de vie descendu du ciel, Je suis le pain vivant, qui mange ma chair et boit mon sang aura la vie éternelle". Tout cela au fur et à mesure des versets et peut-être que nous ne faisons plus attention aussi attentivement que les juifs portent à ce discours de Jésus. Oh! à la fin, ils ne posent qu'un seule ques­tion : "Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ?" Il est évident qu'il faut passer au-delà d'une certaine conception anthropophagique, puisque si Jésus dit : c'est ma chair que vous mangez, c'est mon sang que vous buvez, on le prend au mot, et comme dans les tribus anciennes, on peut tuer quel­qu'un, le découper, le faire cuire et le manger, il faut passer au-delà de cet aspect d'anthropophage pour poser cette question qui pourrait être un peu ironique, de fait : comment-peut-il nous donner sa chair à man­ger ?

Il est vrai que nous, vieux chrétiens, nous avons l'habitude de participer à l'eucharistie, et quand on a été bien éduqué, de répondre "Amen" quand on vous présente le corps du Christ, et la théologie catholique dit bien que c'est vraiment le corps, c'est vraiment le sang, donc nous mangeons du corps, de la chair, nous buvons du sang. On explique alors souvent aux en­fants que si le vin prenait l'aspect et le goût du sang, ce serait peut-être un peu difficile à ingurgiter, mais malgré ce fait que les espèce restent bien du pain et du vin, mais deviennent le corps et le sang du Christ, peut-être pour facilité l'ingestion, toujours est-il que c'est vraiment ca chair, c'est vraiment son sang, c'est sa vie qu'il a donné.

Ainsi, si un présentateur de la télévision que nous aimons beaucoup, tel ou tel, n'importe qui, nous disait : je suis le pain vivant descendu du ciel, je donne ma chair, buvez mon sang, le lendemain, il aurait disparu de nos petits écrans de télévision. On aime bien de laisser les fous dehors, mais on ne les met pas nécessairement sur les écrans de télévision. Jésus aurait pu passer pour fou, et d'ailleurs Il a passé pour fou, c'est ma chair que vous mangez c'est mon sang que vous buvez. Mais si vous le faites, vous avez la vie éternelle. Vous m'avez autant que "qui me voit, voit le Père". Vous avez ma vie et plus de vie même si vous vous contentez simplement d'une relation à Dieu. Autrement dit, la foi, c'est très beau, mais ce n'est pas une idée. La foi va passer par le concret d'une personne. Elle va passer par la réalité de la per­sonne et de l'identité même de Jésus, et tellement ré­elle qu'Il ne veut pas simplement un face à face, Il ne veut pas une parole simplement entre Lui et nous, Il ne veut pas que ce soit uniquement notre intellect, notre esprit, voir notre âme qui soit touchée mais que la relation avec Lui devienne comme un corps à corps. Qu'il y ait une présence, une véritable présence entre lui et nous, une présence qui ne se paie pas de mots, mais qui va jusqu'au don de sa vie, jusqu'à la réalité de ces signes : le pain c'est très concret, le vin, c'est très concret, et c'est cette concrétude qui va por­ter et révéler le don de Jésus pour chacun d'entre nous. Nous vivons parce que nous avons sa vie. Sa vie passe par des choses aussi simples et réelles que le signe du pain, du vin. Nous vivons parce que nous ne communions pas à un mort, mais nous communions à Celui qui est passé de la mort à la vie, saint Paul dira de la corruptibilité à l'incorruptibilité. Et alors, il s'agit bien de recevoir le pain vivant, le pain descendu du ciel. Ainsi, l'eucharistie, est au vrai sens du terme, une nourriture. Certes, un jour, nous connaîtrons la mort physique, mais pour le chrétien, cette vie est déjà ensemencée du ferment de la Résurrection. Cette vie, eucharistie, après eucharistie et nourrie du principe de la Résurrection. Déjà en cette vie, notre corps, cotre chair elle-même connaît les prémices de la transfigu­ration, de la Résurrection, par la communion au corps ressuscité du Christ.

 

 

AMEN