AU FIL DES HOMELIES

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MORT ET RÉSURRECTION : C'EST AUJOURD'HUI !

2 Co 4, 8-14 ; Jn 6, 51 + 60-69

Samedi de la troisième semaine de Pâques – C

(20 avril 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'évangélisation n'est pas facile ! - Voie romaine à Ostie

F

rères et sœurs, dans le choix de textes que nous lisons pendant le temps de Pâques, qui sont tous centrés sur la résurrection, nous avons entendu ces derniers temps des textes titrés de la première épître aux Corinthiens, cette longue explication de Paul sur le mystère de la résurrection pour éclairer ses disciples sur le fait que si un certain nombre de membres de la communauté étaient morts mais n'étaient pas ressuscités immédiatement, cependant, le mystère de la résurrection restait le centre même de le leur existence. Paul envisageait le problème de la résurrection sur le mode du futur.

Nous avons donc vu cela. Maintenant nous abordons une autre série de textes qu'il a écrit peut-être à la même époque, mais ces textes sont sur un tout autre registre. Ce n'est plus la résurrection comme l'événement à venir, mais, et c'est sans doute cela le génie de saint Paul, c'est la résurrection comme mode d'existence actuellement, présentement, dans l'histoire même que lui-même et les Corinthiens sont en train de vivre.

En effet, de quoi parle-t-il à ce moment-là ? il explique aux Corinthiens les difficultés de son ministère. Il est apôtre, il en a vu de toutes les couleurs, il a essuyé des échecs, des refus, des châtiments, des emprisonnements, et aussi des contestations et des mises en cause de son enseignement. Il peut dire ce qu'il écrit au début : "Nous sommes aux prises mais non pas écrasé, ne sachant espérer mais non désespéré, harcelé mais non abandonné, terrassé mais non vaincu. Nous portons toujours et partout dans notre corps les souffrances de la mort de Jésus". Saint Paul explique là que son ministère d'apôtre n'est pas une sinécure, c'est très difficile à porter, il est sans cesse en butte à des échecs.

En même temps, il reconnaît que cela ne marche pas, et pourtant, il ne lâche pas. C'est un fait qu'il n'a jamais lâché. On ne peut pas dire que Paul est quelqu'un qui a capitulé, il n'en avait pas la mentalité. Il a vécu jusqu'au bout une sorte de combat avec une persécution contre lui et son message, qui l'a marqué durant toute sa vie. C'est sans doute pour cela qu'il avait ce tempérament un peu insupportable, il râle facilement, il ne trouve pas que les choses vont bien, il trouve toujours que les Corinthiens ne sont pas au point. Quand on reçoit des félicitations de saint Paul, c'est un brevet de bonne conduite absolument exceptionnel. Il est en butte à ces difficultés et il ne lâche pas, il veut que les choses changent.

C'est la première fois que l'on voit une chose pareille, il dit : nous sommes quasiment voués à la mort et pourtant, cela tient ! C'est cela d'abord le signe que la résurrection a commencé. Il veut dire par là une chose très simple : si j'en étais à mes seules forces humaines pour supporter les difficultés et les contrariétés que je suis obligé d'endurer jour après jour, il y a longtemps que j'aurais rendu mon tablier, il y a longtemps que j'aurais dit : au revoir la mission chrétienne, je me retire à Tarse et je gère ma boutique de marchant de tapis. En réalité, Paul dit : non, il y a une force et une puissance qui est en moi, et qui fait que même si je meurs chaque jour, chaque jour, je ressuscite. C'est la première fois qu'on a une interprétation existentielle de la résurrection. Cela reste un des aspects les plus originaux que Paul ait annoncé. Il n'a pas simplement annoncé que le Christ est ressuscité, cela les apôtres le faisaient couramment, mais ce que Paul a compris de l'intérieur, c'est que si le Christ était ressuscité, alors la résurrection commence. Comment commence-t-elle ? dans les situations les plus concrètes de l'existence notamment la situation de contradiction dans l'évangélisation.

C'est la première fois que l'on explicite la résurrection non pas comme un événement extérieur, mais comme l'événement qui structure la vie même des chrétiens parce qu'ils sont baptisés. C'est ce qui explique que quelques années plus tard, quand Paul développera l'épître aux Romains, il va dire que lorsqu'on est baptisé, on est mort avec le Christ et ressuscité avec lui. On n'est pas baptisé pour la résurrection future, mais pour la résurrection et la mort qui commencent maintenant. Notre existence de chrétien est marquée et structurée par le binôme mort et résurrection. C'est une des grandes découvertes de saint Paul. Année 54-55, il arrive à formuler l'existence du chrétien non pas en disant qu'il faut obéir aux commandements, au discours sur la montagne et faire des actes de vertu, il dit : non, c'est beaucoup plus important et fondamental, car notre propre structure consiste dans le passage incessant de la mort à la résurrection. Il montre que dans sa propre vie, dans son ministère qui apparemment ne marche pas, mais cela ne change rien au problème. La structure même de vie et d'existence qui est la sienne c'est mort et résurrection. Il meurt sans cesse à lui-même, et il le dit en une formule magnifique : la mort fait son œuvre en moi, je supporte toutes les contradictions qui sont liées au message d'évangélisation mais la vie grandit en vous. Malgré tout, il a le signe même de l'expérience de la résurrection, dans le fait que la petite communauté de croyants de Corinthe, va finir par croire. Donc, ils sont le signe de la résurrection. C'est une manière admirable pour l'apôtre de se situer par rapport à sa communauté : la mort fait son œuvre en moi, je subis chaque jour des échecs, des contrariétés, des difficultés, mais la vie grandit en vous. Malgré tout, l'évangile, la Parole de Dieu, la foi chrétienne au Christ ressuscité c'est l'annonce même de la résurrection.

C'est la théologie de saint Paul sur ce sujet, et bon nombre d'exégètes ont souligné cette originalité de saint Paul. Ainsi, vingt ou trente ans avant la rédaction des évangiles, avec les récits de la résurrection que nous avons lu depuis quelque temps, sa grande originalité c'est d'avoir compris que la résurrection du Christ n'était pas simplement une représentation de quelque chose d'extérieur, mais il l'a compris comme l'événement même qui transformait et structurait désormais sa vie, il vivait en même temps la mort et la résurrection. Il faut bien le reconnaître, c'est aussi notre expérience. On ne le dit pas tous les jours, on ne s'en rend pas toujours compte, nous n'avons sans doute pas la perspicacité mystique de saint Paul, mais ce que nous voyons, c'est que chez nous, dans notre vie, il se passe sans arrêt ce mystère de mort et de résurrection. C'est cela la vie des communautés chrétiennes. Oui, il y a des moments où l'on passe par la mort, et il y a d'autres moments où l'on découvre la puissance de la vie du ressuscité C'est cet échange permanent vie-mort, qui nous fait participer à ce que le Christ lui-même a vécu lorsque par sa mort, il a vaincu la mort et nous a fait entrer dans sa résurrection.

 

AMEN

 

 

 

 
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