AU FIL DES HOMELIES

 LA RESURRECTION COMME UN VETEMENT D'INCORRUPTIBILITE

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59
Vendredi 15 avril 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

 

Frères et Sœurs, nous achevons pratiquement aujourd’hui ce texte de saint Paul aux Corinthiens dont je vous rappelle qu’il est le premier grand texte théologique sur la résurrection. Auparavant, la proclamation de l’évangile disait « Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ». On savait qu’il était ressuscité, mais on ne se demandait pas comment ça s’était fait, ni comment cela nous arriverait à nous. Ce texte de saint Paul date à peu près des années 55-56, peut-être un peu plus tôt, c’est-à-dire trente ans après les événements. Paul a déjà essayé une première fois, d’une façon très hardie, d’annoncer la résurrection du Christ aux Thessaloniciens. Là, il s’adresse aux Corinthiens qui étaient des Grecs très curieux, voulant tout savoir et cherchant des explications. Il essaie de leur expliquer comment va se passer la résurrection. On est donc pratiquement dans la théologie fiction car par définition ce cher saint Paul n’a jamais assisté à une résurrection. Il a vu le Christ ressuscité, mais je ne pense pas qu’il lui ait posé des questions pour savoir comment ça se passait.

 

 

On se trouve ici devant un texte extrêmement difficile, non seulement pour nous, mais aussi pour Paul. Il est très difficile d’expliquer aux Corinthiens comment va se passer la résurrection. D’autant plus qu’il y avait un problème : les Corinthiens sont des Grecs ayant une philosophie, une conception des choses qui ne s’accorde pas très bien avec la réflexion de la tradition juive. Pour les Corinthiens, il est évident que l’âme est immortelle, et quand on meurt, l’âme va dans les Champs-Elysées (qui n’avaient rien à voir avec les nôtres mais étaient une sorte de grand jardin d’Eden auquel on accédait après avoir franchi de nombreuses difficultés, comme une sorte de marathon pour les âmes. Après, on y était tranquille et on coulait des jours très heureux). Mais on ne vivait que dans une âme. Sans doute les Corinthiens avaient-ils été séduits et interrogés par la prédication de saint Paul qui parle de résurrection des corps. Mais une question supplémentaire se pose : que signifie la résurrection des corps ? Car pour un grec, en pratique, ça ne veut rien dire.

 

 

Cela explique d’ailleurs que tout le monde avait ri au nez de ce pauvre saint Paul, lorsqu’il était passé à Athènes devant l’aréopage et avait dit que Dieu avait accrédité quelqu’un pour donner la résurrection des corps. Ça avait fait rire tous les philosophes platoniciens, stoïciens etc qui avaient bien voulu prêter une oreille distraite à son discours. L’annonce de la résurrection des morts, c’était franchement hilarant ! D’ailleurs les gens autour de lui disent « Qu’est ce que veut bien raconter ce perroquet ? » C’est-à-dire « Il raconte des fables de son pays, mais ça ne tient pas debout ». Alors évidemment, Paul n’a pas envie de revivre la même expérience avec les Corinthiens ni d’être moqué. Il doit leur faire comprendre que c’est le corps lui-même qui compte. Car dans la tradition biblique, c’est presque la tendance inverse : quand le corps est mort, c’est fini, il ne reste qu’un vague souffle qui est comme une survivance congelée de l’âme qui s’en va dans les enfers qui eux, n’avaient rien à voir avec les Champs Elysées. Ces enfers-là, étaient simplement une sorte de congélation dans l’attente de quelque chose, mais on ne savait pas trop quoi. Or, ce que voulaient les juifs, c’était la résurrection des corps, pour affirmer qu’on était à nouveau vivant. Et Paul a reçu cette éducation-là. Il était rabbin, fils de juif, très croyant, pratiquant à Tarse, c’est de cette manière qu’il pense. Comment va-t-il faire comprendre à ces corinthiens qui ne croient qu’à l’âme, un langage qui inclut le corps dans notre relation avec Dieu au-delà de la mort ? C’est ça la grande problématique de ce dernier ou avant-dernier chapitre, chapitre XV des corinthiens. C’est ça le grand thème. Il faut montrer que le corps a sa place.

 

 

Aujourd’hui, en deux mots, l’image que prend Paul est celle du vêtement. Vous avez entendu, il revient plusieurs fois sur cette formule : « Il faut que ce qui est corruptible revête l’immortalité ». Evidemment, on peut se dire « Qu’est ce que c’est que ça ? On est revêtu d’immortalité, qu’est ce que ça veut dire ? On change de costume… » Ça peut être ça. Pour nous évidemment, le vêtement est une chose que l’on change facilement. Alors que la principale qualité des vêtements dans l’Antiquité, c’est d’être résistants à l’usure, c’est la durée. C’est la grande différence avec aujourd’hui : Dior n’aurait pas fait fortune dans le monde grec, parce qu’il aurait fallu changer tout le temps. Et toute la mode actuelle se base sur le fait que la garde-robe surtout des dames (les messieurs se contentent du blue jean classique) change sans arrêt. Mais dans l’antiquité, non. La qualité première du vêtement est d’être solide et de durer.

 

 

Mais revêtir, est-ce véritablement une sorte de transformation extérieure ? Non. Revêtir, ça veut dire deux choses : premièrement, très souvent dans l’Antiquité, on ne se vêt pas soi-même, on est vêtu. De nombreuses scènes sur des pots, des coupes etc… illustrent des dames à leur toilette, et on voit souvent deux ou trois jeunes esclaves qui lui mettent son vêtement. Autrement dit, le vêtement est un don. Paul prend la métaphore du vêtement pour dire aux Corinthiens que l’immortalité de la résurrection ne se conquiert pas, mais qu’elle est donnée. Quand on revêt l’immortalité ou l’incorruptibilité, c’est un don, un cadeau, une grâce. Pour Paul, il s’agit de souligner que quand on est ressuscité, c’est par grâce et non par un processus naturel qui continue à partir de maintenant.

 

 

Deuxièmement, et c’est peut-être le plus touchant, les Anciens, même s’ils n’ont pas les mêmes critères d’élégance que nous, pensent que le vêtement est quelque chose qui est près du corps et le magnifie. Tous les princes, rois et empereurs de l’Antiquité sont toujours parés de vêtements resplendissants. Quand vous regardez les représentations des empereurs romains, sauf dans le cas de la nudité héroïque, le vêtement est quelque chose qui va bien au corps. Qui sied comme l’on dit aujourd’hui d’un vêtement seyant. Ce vêtement est donné pour qu’il magnifie le corps et Paul utilise cette métaphore du vêtement que l’on reçoit par cadeau. La pauvre corruption que nous sommes actuellement va être magnifiée par l’incorruptibilité envisagée comme un vêtement, c’est ainsi qu’il explique la résurrection aux Corinthiens.

 

 

Il faut retenir de cette métaphore la difficulté de parler de la résurrection. En effet, quand on rentre à la maison, on se demande ce que signifie « Je vais revêtir l’immortalité comme je revêts mon pull-over » Aujourd’hui, c’est pas très convaincant, il faut bien le reconnaître. Mais le véritable enjeu pour Paul est de souligner la continuité entre d’une part la pauvreté et la mortalité dont nous sommes les témoins aujourd’hui à travers notre corps qui va vers la mort et d’autre part l’incorruptibilité dont Dieu nous revêt et qui marque l’endroit où commence la résurrection. Ça signifie donc qu’entre corruption et incorruptibilité, il n’y a pas une coupure infranchissable. Dieu est capable de franchir cette rupture, ce fossé, cet abîme entre les deux états. Et c’est précisément ce que Paul veut nous montrer en disant « Lorsque vous dites que vous êtes ressuscités, actuellement, vous êtes toujours revêtus de corruption, mais Dieu est déjà en train de vous revêtir d’incorruptibilité. »

 

 

En conclusion, j’aimerais vous dire qu’on a introduit le vêtement blanc dans le rite du baptême parce qu’on revêtait l’incorruptibilité. Le symbole du vêtement dans le baptême était très important pour les Anciens, parce qu’il signifiait qu’à partir de ce moment-là, on commençait à revêtir l’incorruptibilité du Christ, ou plus exactement que le Christ revêtait le baptisé de sa propre  incorruptibilité. Alors frères et sœurs, que ces quelques réflexions, même si elles ne rentrent pas tout à fait dans le cadre de nos usages vestimentaires modernes, nous aident quand même à comprendre ce que signifie la résurrection.

 

 
Copyright © 2018 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public