AU FIL DES HOMELIES

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PASTEUR ET LUMIÈRE

Ac 9, 1-22 

(25 avril 1980)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

 

Dendermonde : La conversion de saint Paul

J

ésus vient de le dire une fois encore : "Je suis la Lumière venue dans le monde !" Très souvent dans son évangile, Saint Jean nous donne cette même parole du Seigneur, Et d'ailleurs le prologue de son évangile commence aussi par cette phrase : "La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas reçue ". Jésus est lumière et le mystère du pasteur est justement un mystère de lumière. Cette lumière qui a brûlé dans le cœur de Jésus était cet amour inextinguible du Père et de l'Esprit en Lui. Cette lumière, ce feu a brûlé dans le regard de Jésus, jusqu'à le faire pleurer devant sa ville de Jérusalem, dont Il voulait, d'un grand désir, rassembler les enfants dispersés. Oui, le mystère du pasteur unique est un mystère de lumière, et c'est dans ce mystère de lumière que prend sa source, que se fonde, que puise sa fécondité le ministère des pasteurs de l'Église. C'est heureux et je pense que ce n'est pas un hasard que nous puissions lire, ce soir, dans la liturgie, la conversion du grand apôtre Paul.

       Paul a été un mercenaire. Il a dispersé le troupeau du Christ. Il a fait la guerre à ceux qui voulaient rassembler ses enfants dispersés. Il a persécuté, il a tué, il a disséminé le troupeau du Seigneur. Or, il est devenu le pasteur des nations. Il est devenu le pasteur de ceux qui étaient dispersés, celui-là qui les avait dispersés ! Il est devenu le pasteur de ceux qui étaient dans les ténèbres celui-là qui avait fait une œuvre de ténèbres pour chasser la lumière du pasteur unique. Et, dans le texte que nous avons lu, Paul va vivre ce que le Christ avait annoncé à Pierre : "Un autre te mènera là où tu ne veux pas aller !". Paul, le mercenaire va de lui-même vers Damas. Mais sur ce chemin, un autre le saisit et le conduit là où il ne voulait pas aller, c'est-à-dire à la lumière. Car, ce qu'il va découvrir sur le chemin des ténèbres, c'est la lumière. "Il fut enveloppé d'un grand éclat de lumière !" Cette lumière n'a pas été pour lui, simplement une illumination, mais plutôt un aveuglement. Paul a été aveuglé par cette lumière qui brûle dans le cœur de Jésus. Et c'est dans ce mystère de ténèbre et de lumière, d'une lumière qui provoque d'abord un aveuglement, que se fonde le ministère de Paul. Car il a fallu que le regard humain de Paul soit brûlé, jusqu'à disparaître, jusqu'à connaître l'aveuglement, pour qu'enfin, le regard de Dieu, en lui, puisse ouvrir ses yeux, et qu'il puisse voir la lumière, et qu'il puisse révéler aux autres la lumière.

        Si Paul a été ce grand pasteur, ce pasteur plein de fougue qui a porté le feu de l'évangile partout où le Christ avait voulu qu'il soit répandu, c'est parce que lui-même a connu, jusque dans sa chair, ce que peut être l'effet de l'amour du Christ, ce que peut être cette lumière qui brille dans le cœur du pasteur. Paul est devenu pasteur, pasteur des nations, et la lumière, dont il a été témoin, est devenue lumière pour les nations. Non pas la sienne, mais celle qui brûlait dans son cœur et qu'il transmettait par sa parole, par son regard, par ses gestes et, jusqu'en son martyre, lorsqu'il fut passé par le feu de l'amour ardent de son Seigneur.

       Je crois que ce doit être la même chose pour les pasteurs de l'Église aujourd'hui. Car il n'y a pas de raison pour que les pasteurs de l'Église d'aujourd'hui ne fondent leur mission, leur pastorat dans une autre réalité de feu que celle de Paul. Car tous, nous avons notre chemin qui, de nous-mêmes va vers les ténèbres, mais qui, à cause du Christ, rencontre la lumière. Je crois que dans l'Église d'aujourd'hui un pasteur ne peut pas ne pas avoir été aveuglé quelque jour dans sa vie, jusqu'à ne plus avoir besoin de voir la lumière du soleil, qu'un pasteur, aujourd'hui ne peut pas non plus, ne pas avoir goûté la présence du Seigneur jusqu'à ne plus avoir besoin de manger ou de boire, comme Paul qui a jeûné trois jours et trois nuits à Damas.

       Nous autres, pasteurs de l'Église d'aujourd'hui, nous devrions vivre notre mission, notre lumière intérieure avec la même fougue que Paul. Mais pour cela, qui que nous soyons, même si nous sommes un homme de ténèbres, et nous le sommes toujours un peu, nous devons nous laisser saisir, jusqu'à en être brûlé, jusqu'à ce que notre vision humaine soit détruite par la lumière resplendissante du Seigneur, pasteur unique.

       Et je voudrais vous laisser ce soir, sur une phrase très belle que j'aime beaucoup de saint Jean Chrysostome qui à mon sens, résume bien ce mystère de la lumière du pasteur unique qui donne son plein sens au ministère des pasteurs dans l'Église : "La flamme qui dévore le berger devient lumière pour le troupeau". Et j'aimerais ajouter : l'illumination du troupeau réjouit le berger.

 

       AMEN

 

 
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