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 LE SENS DE LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 58-69

(30 avril 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Corinthe : ce sera une nouvelle création

V

 

ous avez entendu, tout à l'heure, cette parole de l'apôtre Paul, parlant d'une manière qui nous parait aujourd'hui un peu désuète, de la diversité, de la singularité de chacun des corps que l'on voit dans la création. Et, en bon juif, il énumère toutes les sortes de corps que Dieu a façonnés. On dirait qu'il se plaît à évoquer la création sous son aspect charnel. Il y a les corps des poissons, les corps des animaux, les corps des hommes. Il y a même le corps des astres, le corps de la terre, les corps célestes, les corps terrestres. Chacun diffère, de manière singulière par son éclat, par sa qualité, par sa pureté. Et saint Paul en tire une conclusion qui nous paraît assez paradoxale. Il dit : "Ainsi donc, lorsqu'on sème de la faiblesse, il en sort de la force. Lorsqu'on sème ce qui est corruptible, il en sort de l'incorruptibilité.''

       Pourquoi saint Paul, dans cette proclamation de la résurrection, dans un des chapitres les plus essentiels pour savoir ce qu'est la Résurrection dans le nouveau Testament, pourquoi saint Paul utilise-t-il toutes ces données qui, en apparence, relèvent plus de la physiologie ou de la physique ou même de l'astronomie, plutôt que de la révélation ? C'est pour une raison fort simple et qui est très importante et que nous devons comprendre.

       Ce que saint Paul veut dire, c'est que la Résurrection n'est pas un évènement spirituel. Ce n'est pas l'esprit qui vivifie, au sens d'une sorte de disparition de notre condition charnelle ou d'une sorte de disparition de la terre, comme si la terre ne serait plus la terre et le monde ne serait plus le monde. La résurrection est vraiment résurrection, c'est-à-dire relever, sauver ce qui avait été créé. Le but de la résurrection, c'est de restaurer la création, de la restaurer en la conduisant, au-delà même des propres possibilités que Dieu lui avait données au moment même de son projet créateur. Mais de la restaurer réellement, elle. Et c'est pour cela que saint Paul insiste sur le fait que l'acte sauveur de Dieu dans la résurrection viendra retrouver chaque être, chaque réalité dans la singularité de sa chair, de sa constitution quasi physique. C'est cela le sens de la résurrection.

       Notre chair, notre corps sont en nous le principe de notre individualité. Notre corps, est non seulement cet agglomérat de cellules, etc ensemble biologique de carbone et de molécules, etc … mais il est, en même temps, pour nous, le principe profond de notre individualité. Notre moi est marqué par ce qu'il est le moi d'un corps. Et c'est cela qui lui donne son individualité. Et comme le Christ veut absolument, par sa résurrection et son salut, sauvegarder cette individualité de chacun, de chaque personne, de chaque être crée, il faut qu'Il le ressuscite jusque dans sa chair, sinon la résurrection ne serait que cette espèce d'énorme amalgame qui embrasserait tout dans une sorte de confusion et d'indistinction qui friserait peut-être le panthéisme. Ou peut-être une sorte de dissolution de notre être dans le cosmos ou dans le "Grand Tout".

       Voilà le sens profond de la Résurrection de la chair. C'est que Dieu veut nous rejoindre, au plus intime de nous-mêmes, dans la singularité personnelle et individuelle de ce que nous sommes. Et c'est pour cela que le Christ se fait pain de vie, chaque jour. C'est pour cela qu'II se donne, à travers un signe de ce monde. C'est pour marquer, à travers ce pain qui devient réellement le corps et à travers ce vin qui devient le sang du Christ, c'est pour marquer que le Christ Dieu ne veut pas nous rejoindre en général, à travers des idées abstraites, mais à travers le signe concret de sa présence, ce pain qui devient son corps.

       Frères et sœurs, que nous n'ayons par aujourd'hui la peur d'affirmer cette singularité de la résurrection de la chair. Que nous n'ayons pas peur de manifester que Dieu veut nous rencontrer individuellement au plus intime de nous-mêmes, même si, à certains moments, notre monde un peu égaré a tendance à interpréter le salut ou l'immortalité de l'âme de manière extrêmement abstraite, lointaine, informe et vague, comme avant même la Création, lorsque rien n'avait sa consistance. Demandons au Seigneur qu'Il nous fasse comprendre que le mystère de sa résurrection est l'éveil, en nous, par la résurrection de notre chair, du dernier mot de notre individualité, de notre personnalité, que c'est vraiment le sceau du secret de Dieu qui est posé sur nous pour que nous soyons vraiment nous-même pour l'éternité.

         AMEN