AU FIL DES HOMELIES

 COMMENT LES MORTS RESSUSCITENT-ILS ?

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 48-59

(26 avril 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L'espérance du monde nouveau

L

 

e texte de saint Paul se poursuit aujourd'hui sur une question précise. Il s'agit de savoir comment les morts ressuscitent. Saint Paul a montré que, si nous ne croyons pas à la résurrection, toute notre existence et toute notre foi serait vaine. C'est pourquoi, maintenant, il doit faire face à l'objection que sans doute lui posaient les Corinthiens, une objection qui nous paraît souvent la plus difficile à résoudre, c'est que toutes les évidences vont contre. Lorsqu'on meurt notre corps se dissout, et autant il est facilement admissible de croire à une survivance du principe spirituel, autant il est difficile de croire que, à partir de ce qui a survécu, peut se recomposer, se reformer un corps de ressuscité, plus encore un corps de ressuscité à partir de ce qui avait été noué à la mort.

        Saint Paul prend une comparaison mais pas dans le sens où nous la prendrions aujourd'hui. "Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s'il ne meurt, et ce que tu sèmes, ce n'est pas le corps à venir, mais un simple grain soit de blé, soit de quelque autre plante Et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier." Cet exemple nous croyons toujours le comprendre, et en réalité il faut le comprendre autrement. En préparant mon catéchisme, il m'est arrivé de tomber sur des travaux pratiques d'un manuel qui prévoyait que quinze jours, trois semaines avant Pâques, on mettait des graines dans un pot, et l'on suivait attentivement l'évolution de la mort du haricot pour arriver à la résurrection. Peut-être mieux encore, on cachait le pot pendant quinze jours, on l'arrosait discrètement, et le matin de Pâques on le présentait à l'enfant pour constater ce qu'il était devenu. Alors on expliquait à l'enfant que la Résurrection, c'est très simple : de même que le Christ est mis dans le tombeau comme le haricot dans la terre, de la même façon nous serons mis en terre et, comme le haricot nous ressusciterons. Vous voyez tout de suite ce qu'on peut en tirer : c'est que, au fond, la résurrection est une sorte de processus naturel déjà amorcé de façon très très courante, dans ce que nous voyons tous les jours devant nous. Je crois même, si j'ai bonne mémoire, que Voltaire se servait précisément de cet exemple pour montrer que la religion chrétienne n'avait rien inventé mais qu'elle était simplement une sorte d'exaltation des puissances naturelles de la vie contenues dans le processus cosmique de cet épanouissement de la vie.

       Or saint Paul veut dire autre chose, car chez les anciens, c'était bien le problème : on semait quelque chose, un grain de blé tout sec, et l'on constatait un processus de décomposition. Si bien que le premier moment de la génération était assimilé à une sorte de mort totale. Mais ce qui stupéfiait les Anciens, et saint Paul en ceci participait de la mentalité de l'époque, c'était que, dans ce processus de mort, Dieu arrive à recomposer de la vie, de la vie bien vivante. Et donc le processus était connu comme une œuvre spécifique de Dieu. Il fallait que Dieu soit intervenu personnellement pour renverser la vapeur et qu'à partir d'un moment où apparemment tout allait vers la mort, Dieu ressuscite, refaçonne et redonne quelque chose. Autrement dit, le processus de la vie lui-même, qui aujourd'hui nous paraît naturel, était déjà une sorte de symptôme, de signe de la possibilité de l'intervention de Dieu, de son intervention radicale pour quelque chose de nouveau.

        Saint Paul ne prend donc pas un exemple naturel pour expliquer quelque chose de surnaturel, mais il montre ce qu'il y a déjà de tout à fait extraordinaire au point de vue de l'intervention de Dieu dans le monde. Lorsque Dieu intervient dans le monde, c'est précisément pour y faire germer une vie que, normalement, on ne devrait pas attendre. C'est cela le sens de l'explication de Paul. C'est que du mode même de la résurrection nous ne connaissons que la phase de mort et de corruption car le secret de la résurrection appartient à Dieu seul. C'est Dieu Lui-même qui se chargera du procédé de la Résurrection. Inutile donc d'imaginer ce qui va se passer parce que c'est précisément le secret de Dieu.

       Et la seule note précise que Paul apporte, c'est la diversité des chairs et des corps pour manifester que lorsque Dieu agit, intervient dans le processus de la vie, Il respecte la spécificité de chaque chair ou de chaque semence, Ce qui veut dire que cette résurrection que Dieu va opérer pour chacun d'entre nous, respectera fondamentalement notre individualité et notre personnalité. Il ne faut donc pas concevoir la résurrection comme une redistribution des particules chimiques ou biologiques, mais comme l'affirmation qu'à un moment donné, au moment où nous sommes totalement et pleinement livrés à la mort, Dieu intervient pour nous faire ressusciter dans une individualité qui respecte fondamentalement le premier projet créateur de Dieu sur nous.

        AMEN

 

 

 
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