AU FIL DES HOMELIES

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 CORRUPTIBLE ET INCORRUPTIBLE

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

(18 avril 1986)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Athènes : Stèle funéraire

D

 

ans le texte de la première épître aux Corinthiens que nous avons entendu il y a une contradiction, et la lecture ou l'écoute immédiate nous la fait comprendre. Saint Paul affirme: "La chair et le sang ne peuvent pas hériter du Royaume de Dieu car le corruptible n'hérite pas de l'incorruptible." C'est la première donne, et quelques versets après, en totale contradiction avec la première une seconde affirmation :"Il faut que cet être corruptible revête l'incorruptibilité, que l'être mortel revête l'immortalité." Cette contradiction apparente n'en est pas une bien sûr, car saint Paul ne veut pas affirmer ce que le Christ a Lui-même annoncé, la résurrection de la chair, cette résurrection que chaque dimanche nous proclamons, dans le Credo :"Je crois en la résurrection de la chair !" Et cependant Paul peut affirmer :"La chair n'hérite pas du Royaume !" car comme le disait Jésus : "Ce qui est de la chair est charnel, ce qui est de l'Esprit est spirituel." Quel est donc l'élément qui fait la communion, l'union, l'accord de ces deux affirmations ?

       C'est vrai que ce qui est de la chair ne peut pas être incorruptible. Ce sont deux éléments qui s'opposent l'un l'autre, puisque la chair va disparaître, va retourner à la poussière, pas simplement la chair, mais aussi notre mémoire, notre intelligence, tout ce dont nous usons quotidiennement. Cela va disparaître, cela fait partie de notre humanité. Et cependant, le Christ l'affirme, tout cela doit être transfiguré, doit être transformé et doit être ressuscité. Et Paul le dit dans un autre passage :"Votre corps de misère, votre corps de poussière sera transformé en corps de gloire."

       La chair," la corruptibilité ne peut pas hériter de l'incorruptibilité" et pourtant elle en sera revêtue. Pourquoi ? Parce que, dans notre vie humaine, nous ne sommes pas composés de deux éléments juxtaposés. D'un côté l'esprit qui recevrait uniquement pour lui les réalités spirituelles qui viennent de Dieu, et d'un autre côté le corps qui ne serait que le véhicule momentané, qui ne serait que l'habitacle provisoire de notre esprit. Ceci serait une conception dualiste qui est inacceptable dans la foi chrétienne. Il n'y a pas d'un côté l'esprit pour les choses spirituelles et de l'autre le corps pour les choses charnelles ou matérielles. Si l'on s'en tient à cela, à un moment ou à un autre, et l'histoire le montre, nous mépriserons l'un ou l'autre : au nom de la chair, on méprisera l'esprit, au nom de l'esprit, on en viendra à mépriser la chair, et cela, dans la foi, n'est pas possible. Nous sommes, de fait, un composé d'esprit et de corps, mais un composé, une union, une communion profonde. Nous sommes une âme incarnée, nous sommes un corps animé, et non pas le résultat d'une addition : un corps plus une âme égal un homme.

        Et ceci est très important parce que c'est sur cela que nous pouvons appuyer, en partie, notre conviction éclairée par la foi, que c'est l'homme tout entier, dans son corps comme dans son âme qui connaîtra la vie éternelle de l'incorruptibilité. C'est notre âme, en tant que principe spirituel, qui reçoit cette vie éternelle du Royaume spirituel, mais par le principe que notre corps est participant de notre âme et de la vie de notre âme, il recevra, par participation, ce que l'âme elle-même reçoit directement.

        Ainsi, il n'y a pas à opposer corruptible ou incorruptibilité dans uns sorte d'impossibilité réciproque. Nous recevons la vie de Dieu dans notre esprit, nous recevons la vie de la grâce pour notre esprit, mais notre esprit n'étant pas séparé de notre corps, notre corps, par participation, par communion, reçoit lui aussi la vie de la grâce de Dieu et est déjà marqué du sceau de la vie éternelle. Ce n'est pas notre esprit, pur et unique, qui communie au corps du Christ, c'est notre corps qui reçoit la chair du Christ pour que notre communion spirituelle soit parfaite, mais notre corps n'est pas en dehors de cette communion spirituelle.

       Ceci est une donnée très importante, vous le sentez, vous le pressentez, car beaucoup de nos contemporains, et même certains chrétiens, en viennent souvent, au nom d'une conception  dualiste qui est d'ailleurs véhiculée par beaucoup de modèles philosophiques ou culturels actuels, en viennent à douter ou même à dire qu'il n'y aura pas de résurrection de la chair parce ce n'est humainement pas possible. Humainement c'est exact, mais nous ne nous situons pas dans le possible humain, nous nous situons dans ce que le Christ est venu nous annoncer et que Saint Paul, dans ce texte, nous redit avec force.

      En communiant aujourd'hui, c'est notre esprit qui reçoit le Royaume de Dieu, mais notre chair, tout ce qu'il y a d'humain en nous, va y participer, et c'est vrai que, dès aujourd'hui, notre corps de misère même s'il connaît un jour la poussière, est déjà en communiant aujourd'hui, c'est notre esprit qui reçoit le Royaume de Dieu. Mais notre chair, tout ce qu'il y a d'humain en nous, va y participer, et c'est vrai que, dès aujourd'hui, notre corps de misère, même s'il connaît un jour la poussière, est déjà envahi par la puissance de la Résurrection, la puissance du Christ Ressuscité dans son esprit mais aussi dans son corps puisque c'est ce corps qui est maintenant les prémices, qui forme le gage de notre résurrection dans l'esprit et dans la chair, car ce que Dieu a uni dans notre vie humaine, notre corps et notre esprit, Il ne peut pas le séparer pour la vie éternelle.

       AMEN

 

 

 
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