AU FIL DES HOMELIES

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CROIRE OU COMPRENDRE ?

1 Co 15, 35-44 ; Jn 6, 58-69

Vendredi de la troisième semaine du temps pascal – C

(22 avril 1983)

Homélie du Frère Michel MORIN

D

 

ans cet évangile apparaît immédiatement un certain nombre d'éléments fort importants pour la mission du Christ au milieu des juifs de son temps et devant ses propres apôtres. Il y a les murmures à cause de l'incompréhension de paroles trop fortes, des murmures qui vont tourner au scandale. Scandale qui va entraîner la dispersion d'un grand nombre de disciples devant quelque chose qui, humainement, intellectuellement, rationnellement est intolérable pour un esprit humain. Il va même y avoir l'annonce de la trahison de Judas et l'œuvre du démon lui-même. Et, mélangée à cela la perspective de la glorification du Christ, puisqu'Il évoque ce retour vers son Père dans la gloire, là où il était auparavant.

Puis, au milieu de ces éléments-là, cette interrogation décisive qui demande une réponse immédiate : "Me quitterez-vous, vous aussi ? Est-ce que vous allez partir ?" Et aussitôt jaillit la foi de Pierre, la foi de l'Église, notre foi : "Mais, Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie éternelle." Ainsi ces quelques versets de l'évangile ne sont pas un récapitulatif, mais, au contraire, un des textes d'où va s'étendre tout ce qui est en train de se jouer pour le Christ, et donc aussi pour nous aujourd'hui, si nous sommes du Christ. Et nous le sommes en tant que chrétiens. Je voudrais simplement vous confier deux réflexions à propos de ce passage.

D'abord l'incompréhension, l'inacceptation d'une parole qui vient du Christ et qui est trop dure à comprendre, trop difficile à accepter parce qu'elle heurte notre propre intelligence ou nos habitudes de comprendre les choses. Or cette incompréhension peut engendrer l'incrédulité, mais peut engendrer aussi la foi. Beaucoup de disciples vont partir, incrédules, parce qu'ils ne comprennent pas ce que le Christ Jésus vient de leur expliquer. Il vient de leur parler de son corps, de ce pain qu'il va leur donner qui sera sa chair "pour la vie éternelle". Mais plus profondément encore, Il vient de dire, de façon claire qu'il vient du Père, qu'Il existe avant le monde, qu'Il est "l'Envoyé de Dieu", qu'il est Dieu Lui-même. Et c'est parce qu'Il est Dieu qu'il donnera sa chair pour la vie éternelle et c'est cela que les juifs et qu'un bon nombre de disciples ne comprendront pas et à cause de cela, ils ne croiront plus et cesseront de suivre Jésus.

Pour les apôtres qui, peut-être, n'ont pas mieux compris avec leur intelligence, ce que voulait dire cette chair donnée pour la vie du monde, ce que voulait dire cette vie éternelle que connaîtraient ceux qui mangeraient sa chair et ceux qui boiraient son sang, même s'ils ne comprennent pas mieux avec leur tête, il y a immédiatement l'adhésion de leur cœur et de leur être. Pas l'adhésion à une compréhension, pas l'adhésion à quelque chose d'intellectuel, à une explication, mais l'adhésion à une personne. "A qui irions-nous ?" Non pas, nous allons chercher autre chose ou d'autres explications, non, "A qui irions-nous ?" Il s'agit donc bien plus d'une adhésion à la personne de Jésus qu'à sa parole, parce que dans la proclamation de foi de Pierre, il y a déjà tout ce que le Père est en train de révéler au cœur des apôtres, au cœur de l'Église. Comme le dira Jésus, une autre fois, "ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais le Père qui est dans les cieux." Le fait de cette adhésion à la personne de Jésus-Christ vient du Père. Ce n'est pas notre intelligence ou toute chose humaine et bonne en elle-même qui nous pousse à cette adhésion, mais c'est l'œuvre du Père en nous.

Il nous arrive souvent de dire ou d'entendre dire :"Je ne comprends pas telle chose de la foi" "Tel mystère me semble inouï" Je n'arrive pas à le mesurer." Je ne sais pas s'il faut croire ou ne pas croire. J'ai l'impression que parce que nous ne comprenons pas, nous hésitons à croire. Mais c'est justement pour cela qu'il faut croire davantage. C'est justement cela que le Seigneur nous demande, non pas une compréhension totale de son mystère. Nous ne l'aurons jamais, parce que nous sommes hommes et qu'il est Dieu. Mais Il nous demande une adhésion à sa personne, parce que c'est par sa personne que nous pourrons entrer, un jour, dans ce mystère qu'Il est Lui-même et qu'Il nous donne déjà de connaître en mangeant son corps et en buvant son sang. Dire que nous ne comprenons pas le mystère de Dieu, dire que nous nous heurtons parfois dans des événements de notre vie avec ce que nous dit la foi, avec ce que nous dit l'évangile, on ne peut pas alléguer cela pour ne pas croire. C'est le contraire qui nous est demandé. "Allez-vous me quitter, vous aussi ?" même si vous ne comprenez pas. Et bien non. "A qui irions-nous, Seigneur ?" puisque, en Toi, est la vie éternelle.

La deuxième remarque est la suivante. C'est qu'il ne faudrait pas se tromper d'adhésion. Il ne faudrait pas se tromper en suivant le Christ. Car, après la multiplication des pains, un certain nombre de gens ont suivi le Christ parce qu'ils avaient reconnu en Lui un distributeur de pain, parce qu'Il les rassasiait momentanément de toute faim matérielle. Ils l'ont suivi autant que les apôtres, avec peut-être autant de foi, autant de fougue, autant d'intérêt, autant d'affection, mais cela n'est pas la foi. Ce n'est pas cela que nous demande Jésus. Il le dira Lui-même : "vous m'avez suivi parce que vous avez eu à manger." Et les apôtres devront le suivre pour une autre raison. C'est parce qu'ils reconnaîtront qu'Il est l'Envoyé de Dieu, qu'Il vient du Père. Ils ne le suivront pas pour une raison d'ordre matériel, même miraculeuse, mais parce qu'Il vient du Père, parce que Il est le Père et qu'ils comprennent, petit à petit, qu'ils ne pourront aller au Père sans passer par Lui, et qu'en le connaissant, en le suivant, c'est déjà le Père qu'ils connaissent et qu'ils suivent.

Dans notre vie, tous ces éléments sont mélangés : l'incompréhension, les murmures, le scandale devant cette vie de Dieu qui n'est pas en accord avec la nôtre, qui ne correspond pas à ce que nous voudrions pour la vie du monde ou notre vie personnelle. Il y a ces moments d'incrédulité, ces moments où le message ou les exigences sont trop fortes, où l'on a bien envie de le quitter et de retourner chez nous. Et puis il y a quand même cette perspective de la gloire du Christ qui nous attire, qui nous séduit, que nous avons envie de connaître dans le mystère de sa Pâque. Il y a aussi l'œuvre de Satan en nous : toutes ces trahisons qui se mêlent à notre affection. C'est pour cela que cette question du Christ est vraiment pour chacun de nous, aujourd'hui. "Allez-vous me quitter ? Allez-vous partir, vous aussi comme tant d'autres ?"

Qu'en approchant de l'eucharistie, qu'en recevant son corps et son sang, ce geste soit l'expression de notre réponse : "Tu as les paroles de la vie éternelle. A qui irions-nous, Seigneur ?"

 

AMEN

 
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