AU FIL DES HOMELIES

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TROIS DIMENSIONS DE L'EUCHARISTIE

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

Vendredi de la troisième semaine de Pâques – B

(19 avril 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e passage du discours de Jésus sur le pain de vie en est le moment central où ce discours prend tout son sens. Jusque-là, Jésus avait dit : "Je suis le pain, le pain de vie, le pain du Ciel, le pain vivant !" et ces paroles nous pouvions les entendre au sens où, dans d'autres pages de l'évangile, Jésus dit : "Je suis la Vigne ! Je suis le Berger. Je suis la lumière du monde !" Tous ces qualificatifs sont des images qui essaient de cerner le mystère du Christ, le mystère de Dieu fait homme. Et dire : "Je suis le pain de vie !" c'est se présenter comme la nourriture de notre cœur, la nourriture spirituelle qui va nous cons­truire intérieurement, qui, par la foi, nous permettra de nous assimiler cette vie divine que Jésus veut par­tager avec nous. Comme Jésus, étant la vigne, se trouve être le centre de la communauté ecclésiale représentée par les sarments, comme Jésus étant le berger se trouve être le chef de l'humanité représentée par les brebis, de même, Jésus étant le pain, Il doit être compris comme ce qui nourrit intérieurement notre cœur, notre âme, notre vie profonde.

Mais voilà que Jésus ne s'arrête pas là. Il va aller plus loin : "Je suis le pain vivant et le pain que Je vous donnerai, c'est ma chair, ma chair pour la vie du monde ! Qui mange ma chair et boit mon sang". Jésus passe d'une image, d'une comparaison, d'un symbole à la réalisation concrète, rituelle, tangible de cette image. Il n'est pas simplement le pain au sens général qui nourrirait notre cœur, Il est le pain au sens où sa chair devient nourriture. On comprend l'étonnement des auditeurs de Jésus. Jésus ne leur a pas encore révélé que cette chair qu'Il a désignée comme un pain au sens général, va se communiquer à eux sous la forme du pain. Il parle de manger sa chair, de boire son sang, avec tout ce que cela peut avoir de brutal, de cru dans sa bouche. On comprend cet étonnement, voire ce recul des juifs devant une pareille perspective. Mais en leur demandant ainsi de manger sa chair, de boire son sang, Jésus les invite à trois dimensions plus précises de leur vie spirituelle.

La première nous est familière, c'est l'eucha­ristie, c'est le fait de recevoir dans notre chair la chair du Christ, de demeurer dans le Christ puisque Lui va demeurer en nous. C'est ce que nous allons accomplir tout à l'heure, ou plus exactement ce que le Christ va accomplir. Sa chair va, sous la forme du pain, devenir notre aliment. Son sang, sous la forme du vin, va de­venir notre boisson pour que notre chair soit remplie, soit nourrie par sa chair remplie de la présence vi­vante, tangible du Christ. Il va habiter, demeurer en nous, investir notre être tout entier, notre être profond par sa présence réelle, sa présence physique.

Mais il y a aussi une autre dimension à la­quelle nous pensons peut-être moins souvent qui est la dimension sacrificielle. La chair que le Christ nous donne à manger, c'est sa chair donnée, livrée pour la vie du monde. C'est son sang versé. Déjà, dans l'An­cien Testament, communier à la victime offerte en sacrifice c'était entrer soi-même dans le mouvement du sacrifice offert à Dieu. Ceux qui communiaient aux chairs des taureaux ou des boucs offerts à Dieu entraient ainsi dans le mouvement sacrificiel et d'une certaine manière, ils s'offraient eux-mêmes en sacri­fice. C'est à cela que Jésus nous invite. Manger c'est être, nous aussi, comme Lui, offerts en sacrifice. Sa chair c'est sa chair qui sur la croix va mourir pour la vie du monde, qui va être offerte à Dieu sur la croix. Le sacrifice de la croix va se prolonger dans le sacri­fice eucharistique pour que le sacrifice du Christ de­vienne notre sacrifice. C'est la mise en pratique, concrète, de ce que Jésus a toujours dit : "Celui qui veut Me suivre, qu'il prenne sa croix et Me suive !" Comme Moi-même je prends ma croix pour le salut du monde, que vous aussi, vous entriez dans ce pro­cessus sacrificiel pour le salut du monde. Communier c'est entrer dans la Pâque du Christ, c'est devenir par­ticipant de la Pâque du Christ, c'est donner notre vie. La donner à Dieu pour que Dieu en fasse, avec celle du Christ, avec la vie de son Fils, une offrande pour le salut du monde. L'eucharistie ce n'est pas seulement recevoir en nous la présence de Dieu, c'est aussi en­trer dans la marche de Jésus vers sa Pâque, sa Passion, sa mort et aussi sa résurrection.

C'est cela la troisième dimension de l'eucha­ristie : "Celui qui mange ma chair, Je le ressusciterai au dernier jour !" La chair du Christ ensemence notre chair de la force de sa résurrection. La chair du Christ que nous recevons a été offerte en sacrifice mais elle est sortie victorieuse du tombeau. "Mort, où est ta victoire ?" Notre chair, unie à celle du Christ, vivifiée par celle du Christ Ressuscité, est déjà porteuse de sa propre résurrection.

Voilà donc tout ce que l'eucharistie est pour nous : présence actuelle, vivante, réelle du Christ, maintenant, appel à entrer dans sa Pâque, à nous offrir avec Lui, promesse, germe, ferment de notre résur­rection. Qu'en recevant le corps du Christ, nous nous laissions investir par ce mystère de la Pâque du Christ, le mystère de sa mort et de sa résurrection qui devient notre propre mort et aussi notre propre résur­rection.

 

 

AMEN

 

 
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