AU FIL DES HOMELIES

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QUI MANGE MA CHAIR

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

(22 avril 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 

 

Saint Jean de Malte : préparation de l'eucharistie 

C

ette semaine nous avons lu d'une part le chapitre quinzième de la première épître aux Corinthiens et d'autre part le chapitre sixième de saint Jean. Le choix de l'épître est facile à comprendre en ce temps pascal car saint Paul y développe la théologie de la résurrection de la chair, de notre résurrection au dernier jour, enracinée dans la résurrection du Christ. Le texte de ce jour commence par une phrase qui peut paraître ambiguë : "Je l'affirme, frères, la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume des Cieux, ni la corruption hériter de l'incorruptibilité."

       Dans notre vocabulaire actuel cela équivaudrait à dire que notre être matériel et corporel n'entrera pas dans le Royaume de Dieu, ce serait donc la négation de la résurrection de la chair. Mais ce n'est pas du tout cela que veut dire saint Paul. Quand saint Paul parle de "chair" il désigne non pas notre être corporel, mais notre être humain tout entier par son biais de faiblesse, plus précisément par le biais où il est marqué par le péché. Saint Paul entend par là notre être corruptible. Et la corruption de notre chair n'est que le contrecoup et en quelque sorte le symbole et le signe de cette corruption plus profonde qui est la corruption de notre cœur par le péché. Saint Paul veut dire : ce n'est pas en tant que nous sommes corrompus par la mort, ce n'est pas en tant que notre être est un être d'usure et de destruction que nous irons au Royaume. 

       Il l'expliquait dans le passage d'hier : "Ce n'est pas notre corps psychique, notre corps vivant au niveau de la psychologie humaine de cette terre qui héritera du Royaume, mais notre corps spirituel", c'est-à-dire bel et bien notre propre chair mais en tant que ressuscitée, transformée, transfigurée par l'Esprit de Dieu. Le corps spirituel n'est pas une espèce d'ectoplasme qui flotterait au-dessus de notre défroque charnelle mais c'est notre corps transformé par l'Esprit de Dieu. Dans le vocabulaire chrétien, dans le vocabulaire de saint Paul, "spirituel" ne veut pas dire mental mais qui tient à l'Esprit, à l'Esprit Saint, donc à la force vivifiante et divinisante de Dieu. Donc, en dépit des apparences, cette phrase ne nie pas la résurrection de la chair, elle l'affirme au contraire, elle veut dire que ce n'est pas notre chair dans son aspect pécheur et corruptible ; qui entrera dans le Royaume, mais cette même chair en tant que, par l'Esprit de Dieu, elle est transfigurée. 

       Tout le chapitre sixième de saint Jean est consacré à l'eucharistie, au Pain de Vie. Le passage de ce jour éclaire de façon suggestive la raison pour laquelle on lit ce chapitre tout au long du temps pascal. Jésus dit : "Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie". Non pas la vie temporelle, non pas la vie de ce monde, celle que nous soutenons effectivement par la nourriture, l'alimentation. "Il a la vie éternelle", la vie qui ne finit pas, "et je le ressusciterai au dernier jour." La résurrection qui est non pas le commencement de la vie éternelle, mais la manifestation d'une vie éternelle déjà commencée en nous, la résurrection de la chair est le fruit du corps et du sang du Christ, et donc de notre communion au corps et au sang du Christ. Car la chair du Christ que nous mangeons, le sang du Christ que nous buvons, c'est la chair et le sang du Christ ressuscité. Donc, toutes les fois que nous venons communier, nous recevons en nous la chair ressuscitée de Jésus. Et comme les aliments se transforment en notre propre corps, ainsi cette chair ressuscitée de Jésus transforme notre corps en elle, comme le dit saint Augustin.

       C'est dire que la chair ressuscitée du Christ comme un aliment, vient, de l'intérieur, renouveler, fortifier, nourrir, transformer, édifier, construire notre propre être corporel dans le sens de la Résurrection. C'est avec la chair ressuscitée du Christ que nous nourrissons notre corps quand nous venons communier. C'est donc la résurrection du Christ qui se met à l'œuvre dans notre propre chair. Et par conséquent, c'est la vie éternelle qui commence en nous, pas simplement spirituellement, dans notre cœur, dans notre âme, mais dans notre corps, dans notre chair. Car c'est notre être tout entier qui est appelé à la vie éternelle. "Je le ressusciterai au dernier jour." "Ma chair est vraiment une nourriture." "Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en Lui !" Nous établissons notre demeure dans le Christ ressuscité, et le Christ Ressuscité vient demeurer, rester, durer en nous, dans notre être, dans notre cœur, dans notre chair. Ainsi s'opère petit à petit cette transformation de notre être mortel, corruptible, passager, de l'être pécheur que nous sommes en un être nouveau, en un être nouveau, âme et corps, appelé au Royaume, appelé à la vie éternelle et que, pour cela Jésus ressuscitera au dernier jour, par la force de sa Résurrection qui déjà habite en nous.

        Et tout cela parce que le Père est vivant. Éternellement Dieu est la Vie, et parce que le Fils se reçoit du Père Il vit de la vie même du Père. Et de la même façon dit Jésus "celui qui me mange", celui qui m'absorbe, celui qui me fait demeurer en Lui, "vivra par moi !" de la vie même du Christ qui est la vie du Père, qui est la vie éternelle et divine. Voilà ce que nous venons faire chaque jour et plus particulièrement en ce temps pascal où se dévoile le cœur de ce mystère : nous alimenter du Christ pour toujours, pour l'éternité.

       AMEN


 

 
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