AU FIL DES HOMELIES

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VOULEZ-VOUS PARTIR ?

2 Co 4, 8-17 ; Jn 6, 51+60-69

Vendredi de la troisième semaine de Pâques – A

(30 avril 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e passage d'évangile achève le discours dans lequel Jésus a invité les témoins de la multi­plication des pains à passer du pain du corps , du pain terrestre, du pain de la vie biologique à un pain plus intérieur, à une nourriture du cœur et de l'âme. Il a dit "Je suis le pain de vie !" et peu à peu Il a conduit ses auditeurs jusqu'à l'annonce de l'eucharistie. "Le pain que Je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde !" Cette invitation à manger sa propre chair, à boire son propre sang, ce que Jésus réalisera dans l'eucharistie, choque ses auditeurs, et c'est bien compréhensible, et ces paroles leur semblent trop dures. Et Jésus n'essaie pas de faciliter la compréhen­sion de ses paroles, Il n'essaie pas d'attacher à Lui ses auditeurs par la séduction ou la force. Il respecte to­talement leur liberté. "Elle est trop dure cette parole !" disent-ils. Jésus sait qu'ils ne veulent pas adhérer à ses paroles et Il les laisse le quitter. "Dès lors, beau­coup de disciples se retirèrent". Jésus ne fait pas d'ef­forts désespérés pour essayer de les convaincre, pour les garder auprès de Lui. Il leur laisse une entière li­berté et même Il va proposer aux douze, à ceux que parmi les disciples Il a choisis pour être les fonde­ments mêmes de son Église, Il va jusqu'à leur propo­ser de partir. "Voulez-vous partir, vous aussi ?"

Cette attitude de Jésus qui est valable non seulement pour ses contemporains mais pour nous aussi, cette attitude est une garantie que Jésus respecte entièrement notre liberté. En aucune manière, la foi ne peut être une contrainte, en aucune manière la foi ne peut s'imposer, en aucune manière Jésus ne peut es­sayer de nous séduire, de nous prendre comme à re­vers et de nous conduire malgré nous à adhérer à ses paroles. C'est dans un respect complet, total de notre décision intérieure, libre que Jésus nous propose ce qu'Il a à nous dire. Et la réponse de Pierre, quand Jé­sus demande : "Voulez-vous partir vous aussi ?" cette réponse de Pierre se situe au même niveau que celui où Jésus a engagé le dialogue. Pierre répond non pas : nous avons compris, non pas tu nous as séduits ou bien tes explications nous convainquent, mais : "A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle !" c'est-à-dire que, même si Pierre ne comprend pas tout le sens des paroles de son maître, il adhère à la per­sonne de Jésus par une relation beaucoup plus pro­fonde, plus intime dans laquelle se fonde sa confiance. Pierre croit en Jésus, non pas parce qu'il a eu des illuminations intérieures particulières, non pas parce qu'il est plus intelligent que les autres, non pas parce qu'il a mieux compris. Pierre croit parce qu'il voit en Jésus Quelqu'un en qui il met sa confiance, en qui il met totalement l'adhésion de sa personne. Et pour cela alors il reçoit sa parole et même s'il n'en comprend pas tout le sens, il se l'assimile, il la ru­mine, il la murmure intérieurement jusqu'à ce qu'elle se révèle pleinement à lui dans toute sa lumière et sa signification.

L'attitude de la foi est celle-là. Il ne s'agit pas de raisonner, de trouver des arguments. Il s'agit de se laisser habiter par une parole et plus profondément par la personne de Celui qui nous parle, de telle sorte que cette habitation intérieure, peu à peu entre dans notre cœur, entre dans notre esprit, le pénètre et per­mette que nous adhérions non pas à une argumenta­tion, non pas à une philosophie, non pas à un raison­nement, mais que nous adhérions à un mystère. Un mystère c'est une réalité qui nous investit non pas d'une manière rationnelle mais d'une manière vécue, vitale, par une sorte d'adhésion profonde de tout notre être à l'être ce celui qui nous parle, un peu comme un enfant adhère aux paroles de sa mère ou de ses pa­rents, un peu comme celui qui aime devine, à travers les paroles de l'être aimé, quelque chose du mystère intérieur de cet être qu'il aime. Il s'agit d'une sorte de connaissance que les philosophes appellent une connaissance par connaturalité c'est-à-dire par une communion profonde de nature entre celui qui nous parle et nous qui l'écoutons. La foi est de cet ordre-là. C'est par communion avec le Christ que nous pouvons pénétrer le sens de ses paroles, qu'elles peuvent s'éclairer pour nous et devenir convaincantes par cette sorte de densité et de profondeur intérieure qu'elles nous révèlent.

Soyons disponibles à cette rencontre avec le Seigneur. Ouvrons notre cœur, non pas par force, non pas par contrainte, mais par une démarche libre de rencontre personnelle avec le Christ et laissons cette rencontre personnelle porter le fruit qu'elle doit porter en notre cœur.

 

 

AMEN

 

 
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