AU FIL DES HOMELIES

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UN AUTRE CORPS

1 Co 15, 35-44 , Jn 6, 48-59

Vendredi de la troisième semaine de Pâques – B

(12 mai 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

I

l n'y a à priori que des questions pour des théolo­giens chevronnés dans l'un et l'autre texte que nous venons d'entendre aujourd'hui. Les juifs se demandent entre eux : "Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?"Je pense que c'est une des question que les théologiens en sacramentaire pourraient vérifier comment le pain peut-il devenir le corps, et comment est-ce véritablement la chair du Christ. Les dogmaticiens ne seront pas non plus dé­çus, mais dira-t-on : "Comment les morts ressusci­tent-ils?" Là aussi, il y a beaucoup de questions qui se posent autour de la résurrection, est-ce ce corps, est-ce un autre ? J'aimerais dire que la réponse à la pre­mière question ne correspond pas à la question, puis­que quand les juifs demandent : "Comment peut-il nous donner sa chair à manger ?" Jésus répond sim­plement : "Si vous ne la mangez pas, vous n'aurez pas la Vie ... Si vous ne buvez pas mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous". Et puis, saint Paul s'embarque dans de longues considérations sur les différences des corps, et c'est peut-être pour nous une manière de saisir qu'il y a une réponse aux deux questions, mais que ces réponses s'entrecroisent. "Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?" saint Paul pourrait répondre : autre est le corps que nous voyons, autre est le pain que vous avez reçu de Moïse, autre est le pain que Jésus veut vous donner et qu'il appelle le pain descendu du ciel. Et Jésus pourrait répondre à la question posée à saint Paul : "Comment les corps ressuscitent-ils ?" - "Si vous mangez ma chair et si vous buvez mon sang, vous avez la Vie". Oui, peut-être nous faut-il accepter qu'une même réalité puisse avoir une polyvalence dans sa signification. Nous arrêtons parfois nos regards à des choses très plates ou horizontales. Or, il nous faut apprendre à lire, comme le disait si bien le concile Vatican II, les si­gnes des temps, il nous faut apprendre à lire l'ouver­ture du monde nouveau dans notre monde qui déjà est en train de passer, un monde qui est qualifié d'ancien. Pourtant, l'un et l'autre s'appellent, puisque notre corps, notre esprit sont appelés et c'est inscrit comme une vocation en nous, ils sont appelés à une vie nou­velle.

Ainsi, pour comprendre comment le pain de­vient le Corps du Christ, nous pouvons considérer que le pain ne reste pas du pain sauf à nos regards hu­mains, mais qu'il y a une intention, celle du Christ, pour que ce pain soit vraiment nourriture du corps, que ce vin soit vraiment boisson qui signifie ainsi la Vie de Dieu. Nos corps sont mortels, mais ils sont aussi appelés à une autre destinée que celle du corps biologique qui doit terminer son existence dans la terre dont il est issu. Nos corps ont une vocation à la nouveauté, et c'est l'intention que l'on met à découvrir cette nouveauté en nous qui change et qui transfigure la réalité, la corporéité. C'est ainsi qu'on pourra ré­pondre avec saint Paul, oui, autre est l'éclat des réali­tés célestes, autre est l'éclat des réalités terrestres. Autre est la manière dont un geste de la main vient d'un amour possessif voulant posséder l'autre, autre sera le même geste mais porté par une intention d'amour oblatif et qui deviendra un geste de la main, de tendresse, ou de caresse. Le même geste, selon l'intention qui est dans le cœur de celui qui le pose devient très différent. Ainsi le pain dans le cœur de Dieu devient-il pour nous nourriture, ainsi nos corps dans le cœur de la grâce baptismale deviennent-ils spirituels.

 

 

AMEN

 

 
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