AU FIL DES HOMELIES

LE SIGNE DU BANQUET MESSIANIQUE

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

Vendredi de la troisième semaine de Pâques – B

(9 mai 2003)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, je voudrais simplement attirer votre attention sur un aspect du discours de Jésus, dit de Capharnaüm, le discours sur le Pain de Vie, que Jésus prononce après la multiplication des pains, et plus spécialement sur cette dernière partie du discours que nous venons de réécouter.

Jésus parle à son peuple, et dans la tradition des prophètes, le festin qu'on appelle le festin messianique est un signe qui est donné au peuple pour manifester l'accomplissement du dessein de Dieu. C'est dire que dans l'esprit des auditeurs, on ne sait pas très bien où a lieu ce festin. Il n'est pas exclu qu'il soit dans l'au-delà, mais si l'on s'en tient à une lecture un peu stricte, un peu littérale des grands textes prophétiques, je pense en particulier à celui d'Isaïe qui dit : "Voici je prépare des jours où j'inviterai toutes les nations à mon festin, et tout le monde viendra vers Jérusalem, etc …" on peut dire qu'il y avait pour le moins ambiguïté. La référence au festin messianique qui est évidemment présente à l'esprit de tous ceux qui, la veille, ont assisté à la multiplication des pains, la référence au festin messianique signifie peut-être que le royaume de Dieu est arrivé sur terre pour y rester. Donc, c'est pour cela que ce geste de Jésus comporte une certaine opacité, et qu'il n'est pas étonnant que les foules à la fin, veuillent le faire roi, puisque précisément, ce geste peut dire que Jésus à travers la multiplication des pains a inauguré le festin messianique comme signe décisif de la présence du Royaume dans ce temps et dans ce peuple.

Or, vous l'avez remarqué, c'est tout le décalage que Jésus induit dans ce discours pour essayer de ramener sans cesse les auditeurs à la nécessité d'entendre autrement le festin messianique. On ne peut pas comprendre le festin messianique simplement à travers le geste de la manne qui a été donné aux pères dans le désert. Et pourtant, la manne venait déjà du ciel. Il n'empêche que la manne était un élément de réconfort pour le peuple à travers sa marche au désert. C'était un élément de réconfort, ce n'était pas un aboutissement puisque ceux qui ont mangé la manne sont morts. Par conséquent le don de la manne dans le Royaume n'était pas le signe même du banquet messianique. Et cependant, cela venait du ciel. Par conséquent, il faudra autre chose, quelque qui vienne vraiment du ciel, mais qui tout en passant sur la terre, tout en étant communiqué et partagé dans les conditions actuelles de notre vie terrestre, en réalité ses véritables principes d'efficacité sont ailleurs, dans le Royaume à venir.

C'est pour cette raison que le discours sur le Pain de Vie se termine sur le fait qu'on s'assimile Jésus, son corps et son sang non pas tant d'abord en tant qu'ils sont de ce monde, mais en tant qu'ils viennent d'en haut et avec le but de ressusciter. Autrement dit tout le mouvement du discours, sur le Pain de Vie, est un mouvement qui consiste à resituer la destinée messianique du peuple d'Israël non pas dans la visée d'un achèvement ici et maintenant parce que le Messie est là, mais pour ainsi dire, suggérer à Israël que le Messie lui-même qui est ainsi donné est donné non pas pour ce temps, mais pour le monde à venir. C'était de la part des juifs, un bouleversement dans la manière de penser l'avènement du Royaume de Dieu qui était vraiment radical. C'était être obligé de comprendre l'avènement du Royaume et du Messie, non comme un don qui trouve en lui-même dans le peuple son propre achèvement, mais comme un don qui conduisait le Messie lui-même et le peuple à sa suite, au-delà de ce monde. C'était affirmer clairement la destinée supra-historique du Messie et de tous ceux qui le suivraient.

Comme on le sait, c'est une des choses qui a été extrêmement difficile à accepter pour la majorité des membres du peuple d'Israël, mais il n'est pas sur que nous-mêmes, qui chaque jour célébrons l'eucharistie, sachions véritablement relire le geste que nous faisons, à la lumière de cette grande déclaration de Jésus dans le chapitre sixième de saint Jean. En fait, toute eucharistie n'est pas simplement l'achèvement de notre vie ici-bas, toute eucharistie nous renvoie sans cesse à la fin et à l'accomplissement messianique de notre vie chrétienne et de notre vie dans l'Église, et de l'Église elle-même. C'est pour cela que maintenant, avec beaucoup de justesse, on a ajouté l'acclamation sitôt après la consécration : "Nous proclamons ta mort, nous célébrons ta Résurrection, et surtout, nous attendons ta venue dans la gloire". C'est l'enjeu de cette acclamation.

 

AMEN

 

 

 
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