AU FIL DES HOMELIES

TOUT SAUF L’INDIFERENCE !

1 Co 15, 12-19 ; Jn 10, 1-10

Vendredi de la troisième semaine de Pâques –

(5 mai 2006)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

P

our résumer notre foi chrétienne, on pourrait dire : tout, sauf l’indifférence, puisqu’il s’agit d’aimer nos ennemis, les personnes qui sont très différentes de nous, d’aimer l’étranger, le pauvre, celui qui est réellement non semblable à nous. Mais je crains que simplement de dire cela soit comme un slogan supplémentaire : il faut aimer les différents ! Un slogan qui reste slogan s’il n’est pas je crois profondément enraciné dans la révélation de Dieu telle qu’Il a voulu se révéler à nous comme très différent. C’est parce que Dieu s’est révélé très différent de nous, que nous pouvons nous aussi à notre tour aimer les différents. Et c’est puisque l’amour de Dieu et du prochain sont des commandements identiques, c’est la même chose en quelque sorte, aimer du différent, aimer Dieu, c’est aussi pouvoir accès à Lui qui est différent de nous. Rien n’est plus étranger à la foi chrétienne que l’indifférenciation. Dieu se révèle différent parce qu’Il est créateur, parce qu’il inscrit dans notre humanité cette différence sexuée, d’emblée, Dieu est différent de nous parce que c’est lui qui libère son peuple, c’est lui qui fait sortir le peuple du pays d’Égypte, c’est lui qui constitue l’Alliance, c’est lui qui est l’époux, c’est lui qui est le berger et qui conduit son peuple. Et Dieu se fait l’un de nous.

Va-t-on retomber dans l’indifférenciation, va-t-on retomber dans le semblable ? non, précisément à cause de sa mort et de sa Résurrection qui maintiennent cette différence. Parce qu’Il est ressuscité, parce qu’il est l’aîné d’une multitude de frères, parce que s’il n’est pas ressuscité notre foi est vaine. Le monde de la Résurrection n’est pas un monde d’indifférenciation. Le monde de la Résurrection, c’est le monde de l’accueil de la différence. Je le soulignerai à travers ce passage du Cantique des cantiques où le Bien-Aimé appelle sa colombe en des retraites escarpées : "fais-moi entendre ta voix, montre-moi ton visage, car ta voix est douce et charmant ton visage".

La voix, le visage, comme ce qui nous différencie les uns les autres. Cette voix que nous retrouvons dans la voix du berger du chapitre dixième de saint Jean. Cette voix qui est un chant, ce visage dont il est parlé dans la première aux Corinthiens, ce visage apparu à Céphas, puis aux apôtres, puis à cinq cents frères à la fois, puis à Jacques, puis en dernier lieu à moi, l’avorton. Ce visage qui est un paysage, cette voix qui est une musique, musique qui s’applique sur un paysage comme nous l’avons entendu hier soir.

Je crois que le monde de la résurrection c’est cela. Le monde de la résurrection n’est pas le monde de l’indifférenciation. Que le Christ ressuscite ne gomme pas nos différences, mais plutôt sublime ces différences. Le monde de la résurrection n’est pas le monde de la réincarnation où il s’agit de devenir le même, où il s’agit de se fondre dans le grand tout. Le monde de la résurrection, c’est chacune de nos voix dans leur singularité. C’est chacun de nos visages dans leur unicité. C’est cela qui est appelé à ressusciter, c’est cela qui est appelé à manifester éternellement cette différence, parce que nous aimerons dans nos différences. Tout, sauf l’indifférence !

 

 

AMEN

 

 

 
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