AU FIL DES HOMELIES

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REVÊTIR L'INCORRUPTIBILITÉ

1 Co 15, 50-57 ; Jn 6, 48-59

Vendredi de la troisième semaine de Pâques – C

(19 avril 2013)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Dans l'attente de la résurrection - Villefranche-de-Rouergue

F

rères et sœurs, "Je l'affirme frères, la chair et le sang ne peuvent hériter du Royaume de Dieu ni la corruption hériter de l'incorruptibilité". Paul ici est en train d'expliquer à ses chrétiens de Corinthe qui doutent de la résurrection, un principe qui lui paraît fondamental et qui pouvait les toucher au cœur du sujet.

Pour les grecs, pourquoi ne pouvait-il y avoir de résurrection des morts ? parce que le corps était corruptible et que la mort et les suites de la mort donnaient à voir de façon éblouissante et convaincante que lorsque le corps est mort, il n'a plus de principe d'unité, d'action, de vie. Effectivement, quand on lit tous les philosophes anciens, c'est toujours la même chanson : le corps est voué à la corruption. C'était sans doute un des arguments qui devait peser dans la tête des Corinthiens pour dire à Paul : tu nous as raconté l'histoire de la résurrection, mais depuis, un certain nombre de nos frères sont morts, on ne les a pas vu ressusciter, leur corps s'est décomposé comme chaque fois lorsqu'il y a la mort, par conséquent, tes histoires ne sont pas vraies.

Or saint Paul leur dit : la corruption ne peut hériter de l'incorruptibilité, ni la chair et le sang hériter du Royaume de Dieu. De fait, Paul, et c'est d'ailleurs curieux que dans la tradition postérieure on ne l'ait pas tellement souligné, Paul ici, admet qu'entre le corps qui se décompose ici-bas sur la terre après la mort, et le corps où la vie du ressuscité, il n'y a pas de continuité. Même si de grandes figures de l'histoire de l'Église ont essayé de dire que le corps ressuscité se recomposait à partir des anciennes cellules et qu'il fallait donc enterrer les corps soigneusement pour que les morts retrouvent leur os et ressuscitent, ici Paul avoue clairement que ce qui est corruptible, la chair, le corps humain après la mort ne peut hériter de l'incorruptibilité.

Il y a donc rupture. Mais il ajoute aussitôt en répondant par une image : "Il faut en effet que l'être corruptible revête l'incorruptibilité". Il ne s'agit plus de la continuité entre un corps sur la terre et le corps dans le Royaume de Dieu, il s'agit comme le dit saint Paul de "revêtir" l'incorruptibilité. Chacun sait qu'un vêtement n'est pas exactement de la même composition que le corps. Par conséquent, l'idée du vêtement qui revient à plusieurs reprises dans les textes de saint Paul quand il parle de la résurrection, l'idée du vêtement est extrêmement suggestive et peut nous mettre sur la piste.

En fait, quand il parle de la transformation, il ne veut pas dire que les cellules de notre corps, tout à coup périmées de notre corps physique sur la terre sont subitement transformées pour devenir un corps de gloire. Non, il parle d'un revêtement. Il y a une sorte de mutation profonde qui fait que le corps nouveau qui est donné n'est pas la suite logique du corps qui était sur la terre. L'existence corporelle ici-bas sur terre n'exige pas de soi la résurrection. C'est cela que Paul veut expliquer aux Corinthiens. Au fond, quelle était leur erreur ? ils croyaient que la relation entre l'existence ici-bas sur la terre allait continuer de l'autre côté à l'identique, et ils pensaient que la nouveauté de Paul consistait à dire que le corps qu'on avait ici-bas sur terre, allait comme par enchantement devenir ce même corps mais dans le Royaume de Dieu. Paul dit bien : non ! Le corps par lui-même ne peut pas hériter de l'incorruptibilité car il est corruptible. Mais ce qui fait la spécificité de la résurrection c'est que nous-même dépouillés, dévêtus de notre corps ancien, revêtons un corps nouveau qui comme corps ressuscité manifeste la grâce, l'infini du don du salut accordé en Jésus-Christ.

Ce que Paul veut faire comprendre aux Corinthiens, et qu'ils avaient peut-être entendu comme cela quand ils avaient été évangélisés, la résurrection n'est pas une théorie physique qui prônerait la continuation entre ce monde et l'autre au niveau physique. Là-dessus, à certains moments, il faut bien reconnaître que bon nombre d'auteurs chrétiens ont un peu accepté une option de ce style. En réalité, la résurrection suppose une rupture. C'est pour cela qu'il y a la rupture de la mort. Dans l'économie du salut, Jésus a accepté de mourir pour ensuite ressusciter dans un corps qui est le sien, mais qui même si c'est celui qui s'est relevé du tombeau n'avait plus exactement la même continuité avec celui qu'il avait auparavant.

Cela veut donc dire que la continuité de notre identité de ce monde-ci à l'autre monde n'est pas une continuité par atomes ou par molécules, ou par cellules biologiques. C'est la continuité de notre personnalité créée devant Dieu. Mais ce "moi" que chacun est, passe par une mutation dans laquelle il existe à nouveau avec un corps mais qui n'est pas le résultat du corps que nous avions auparavant. C'est autre chose, la résurrection est un don, elle est une grâce qui va jusque dans la condition de la chair, pas nécessairement pour récupérer ce qui était corruptible.

On ne peut pas trop spéculer pour savoir comme cela fait d'être dans un corps glorieux, ou comment cela se passera quand on sera au paradis. C'est pour cela que le Christ a dit que lorsque nous serons au paradis, nous serons comme les anges. Il ne voulait pas dire par là que nous n'aurions pas de corps, mais il voulait dire que la condition même liée à notre chair ressuscitée ne sera pas la même et nous ne pourrons pas l'extrapoler à partir de ce que nous sommes maintenant.

Frères et sœurs, cela nous oblige à une réelle humilité et à une très grande discrétion dans nos théories ou notre manière d'envisager la résurrection. La résurrection n'est pas un continuum physique, physiologique entre maintenant et après la mort. La résurrection est d'abord l'acte par lequel Dieu sauvant un être, lui donne un mode d'existence lié à une corporéité qui est nouvelle mais qui n'est pas simplement la prolongation ou le dû qui serait à mettre au compte de la condition corporelle que nous avons maintenant.

 

AMEN

 

 

 
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