IL FAUT ALLER VOIR : "DES HOMMES ET DES DIEUX"

On pouvait avoir quelques appréhensions, quand un film remporte un succès aussi unanime aussi bien de la part de la presse (pas de rejet ou de polémique contre …) et du public (467.950 entrées pour la première semaine ; 172 copies supplémentaires mises en circulation). Si on ajoute que dans le générique du film, on annonce face à face « prix du Jury oecuménique » et « prix de l’Éducation nationale », on se demande par quel mystère la vie monastique dans l’Église catholique peut susciter une adhésion aussi consensuelle …

Je recommande vivement ce film : pas uniquement pour la manière délicate et fine dont est traité le rapport quotidien entre la communauté des moines Trappistes avec les gens du village (notamment par le biais de l’aide médicale du frère Luc (un Michael Lonsdale, plein d’humour et d’humanité), médecin entré dans la vie monastique sur le tard et qui fait face à une cruelle détresse sanitaire. Mais aussi pour l’approche de la vie monastique, avec ses exigences communautaires, le rythme de la prière, les discussions en chapitre, les problèmes de gouvernement (on remarquera que le prieur Christian de Chergé, joué par Lambert Wilson, a des côtés parfois autoritaires et maladroits). Ce qui touche d’emblée le spectateur, c’est la justesse du ton pour évoquer la relation entre les moines et la petite société villageoise dans laquelle ils vivent en profonde amitié. Voilà qui remet en perspective le sens de la vie monastique, non pas cultivée pour elle-même et pour son salut, mais dans une perspective de communion avec ceux qui ne partagent pas la même foi.

La deuxième chose qui me semble mériter l’attention et l’admiration, c’est la façon dont la mise en scène rend tangible l’avancée vers l’irréversible, la mort. L’arrestation n’est pas une surprise, on l’éprouve comme un accomplissement et cette acceptation ensemble de la mort est mûrie progressivement. On peut y voir simplement une manière de créer du suspens dans le drame. Mais il y a plus : c’est une petite Église, celle des frères de Thibirine, qui témoigne jusqu’au sang et le non-dit du film c’est ce pressentiment silencieux et la mise en oeuvre dans le secret des coeurs qui aboutit à la manifestation du témoignage : « ça ne va pas de soi », on sent des hésitations, des peurs et des moments d’effroi, mais le travail de la grâce se fait, inéluctable.

Ce film mérite d’être vu : il met une fois de plus en évidence (grâce à l’intelligence d’un metteur en scène plutôt agnostique, mais très intrigué par cette horrible affaire) que la foi et le mystère chrétien ne se traitent pas sur le mode de l’émotion et de la piété édifiante, mais dans l’analyse rigoureuse et objective et presque détachée de la seule question qui vaille d’être posée : comment se fait-il qu’un homme puisse recevoir de Dieu une grâce d’humanité qui le dépasse et le fait se dépasser ? de ce point de vue, la citation du psaume 81 donnée en exergue du film : « J’ai dit vous êtes des dieux, vous êtes de fils du Très Haut » interprète de façon claire le sens du titre (un peu énigmatique), le sens du film et surtout le sens de ce sacrifice.

Frère Daniel Bourgeois

 
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